A la base, c'était la Sainte Maman, fête des mères comblées, parfaites, dévouées, mais aussi des angoissées, castratrices, approximatives, démissionnaires, dépassées, juste aimantes,... de nous toutes, quoi... qui naviguons à vue, avec une dose plus ou moins élevée de culpabilité et de stress, associée au bonheur d'être mère...

Mais mon stress à moi, cette année, c'était plutôt un stress de fille, voyez... Qu'offrir à ma mère, hormis l'éternel bouquet envoyé par Interflora et repris en boomerang sur le portable par photos Interposées (pas cadrées, de préférence, les photos, comme toujours avec ma mère...) ? Ayant depuis un temps certain quelques années passé l'âge du collier de nouilles et autres improbables coffrets à bijoux en boite à camembert, il fallait faire mieux, et cette année, j'étais ready (oui, j'ai noté que l'intrusion de mots anglais isolés faisait tout de suite "bien"... pardon "good" ! sur certains blogs... ça doit être un syndrôme Mia Frye, un truc à attrapper à tout prix pour avoir l'air d'en être...), donc, j'étais mûre pour offrir une couture maison, un petit rien cousu de mes blanches mains plus vraiment innocentes, mais bon..., que ma mère arborerait avec émotion et un rien d'ostentation pour que tout le monde lui demande l'origine du trésor...

J'avais juste minimisé la charge de boulot classique de fin d'année, en lycée, lorsqu'on est assez névrosée pour vouloir à tout prix faire faire un dernier devoir... et puis un petit écrit pour évaluer ceci, puis cela, puis un ultime entrainement... lorsque les dates de conseil approchent et qu'il faut corriger et noter tout ça, puis remplir des bulletins et les dossiers annuels, rencontrer des parents angoissés (eux, je les comprends, j'en suis !) qui veulent parler notes, redoublement, orientation, préparation... lorsque les impératifs du bac se superposent à l'ensemble : réunions ici et ailleurs, descriptifs de bac à rédiger, descriptif des collègues à éplucher pour préparer les interrogations des élèves des autres,... Ajoutons que le jardin ressemble à une jungle, que la maison n'est toujours pas auto-nettoyante, qu'il faut quand même nourrir les enfants (!), que le repassage s'entasse, qu'on m'a mis dans la tête d'organiser une réunion Tupperware (l'idée du siècle, ça aussi...)... Bref, j'ai craqué. J'ai acheté une adorable blouse à carreaux à ma mère et ajourné le cadeau maison... La LOOOOOOOOOse. (et hop, un autre terme en rosbeef... ) !

Mais Dame Culpabilité, une amie de longue date, fidèle et inoxidable, était là. J'avais commencé un petit haut pour Jeanine. Il fallait le finir, et le lui envoyer par surprise, huit jours après la fête précédemment nommée, en inventant pour l'occasion une fête Bis, une fête des mère à ricochets, enfin un truc dans le genre. Et puis j'étais quand même pressée de le finir, ce petit haut qui m'avait tapé dans l'oeil chez Caro. D'ailleurs, c'est même à cause de Caro (tu es le diable... je te l'avais déjà dit ?) que j'ai investi dans un nouveau bouquin de couture : Coton, Lin et Liberty par Astrid le Provost. Et ce bouquin, il fallait le tester...

Originale, comme toujours, et organisée (c'est connu), j'avais donc  opté pour ce petit haut facile (côté une étoile, dans le livre) de la page 24, magistralement réalisé par Caro (ne lisez pas ses commentaires insatisfaits : elle dit n'importe-quoi !) et que je me promettais de faire en une après-midi... C'est d'ailleurs ce que semblait promettre aussi l'avalanche de petits hauts froncés qui avait fondu sur le blog Citronille en à peine quelques jours, tous plus jolis les uns que les autres...

Il m'aura donc fallu un peu plus de temps, mais voilà la bête :

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de dos...

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de trois-quart

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de l'autre trois-quart...

Pourquoi j'y vais aussi progressivement ? Ben parce que n'ayant pas Jeanine sous la main, et n'ayant pas les mêmes mensurations que Jeanine, il m'est impossible de vous montrer le petit haut porté... et le modèle y perd quand même beaucoup malgré les efforts démesurés de Clothilde pour avoir l'air ingénue et diaphane. La preuve en images :

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Voilà... Il me reste à espérer que j'ai correctement évalué la taille, et bien choisi les fleufleurs, que ma mother (oups ! j'ai bien failli écrire "mère" et passer pour une totale ringarde...) apprécie généralement beaucoup.

Sinon, rien à dire sur le modèle, bien expliqué, bien conçu. Je suis assez contente de mes coutures sous les bras :

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C'est propre. Pour le reste, les mancherons font un peu Star Treck (ça compte, un titre, pour un mot anglais ?!) mais je mets  ça sur le compte de la rigidité de mon voile de coton Indigotex, pas encore lavé (référence voile/cot 074). Le problème, en fait (parce que forcément, il y en a un, de problème...), c'est le biais du col... A force de ronger mon frein, de repousser le moment de finir mon petit haut fleuri spécial "maman-va-pouvoir-courir-cheveux-au-vent-dans-des-champs-de-marguerites-dans-un-grand-flou-David Hamilton", j'ai fini par accumuler une pression démentielle. Résultat : j'ai achevé mon oeuvre à toute vitesse et baclé ce qui devait être le clou, la pièce essentielle assurant la beauté de l'ensemble. Le col.

Il plisse. Pas partout pareil.

IMG_0778 a plisse

a plisse pas IMG_0780

Désolant. Heureusement, les plis parasites sont déplaçables. J'ai donc pu les caser dans le dos, mais je suis un peu vexée... Cela devrait me donner une bonne leçon et m'inciter, à l'avenir, à ne pas finir vite et mal un ouvrage. Mais de ce côté là non plus, je ne me fais pas grande illusion !

Cela dit, je ne vois pas pourquoi je me mettrais la ratte au court bouillon pour si peu car, malgré mon inconséquence, ma hâte, mes erreurs navrantes, je me suis vu attribuer ceci :

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L'irresponsable forcenée qui m'a décerné officiellement et explicitement cet Award, c'est Mithe, une couturière, elle, doublée d'une artiste complète. Son seul défaut ? Elle ne glisse pas des mots anglais partout, ce qui est quand même dommage... mais bon, nulle n'est parfaite Oups nobody is perfect ! Bref, je blague, je fais ma "bourrue", mais je suis fière comme un nabot qui sort une top model qu'une blogeuse de son envergure vienne roder par ici... Lucide, elle m'a décerné mon award parce que je la fais rire, elle n'est pas la seule : Caro (non, je ne mets pas trois fois le lien... oh !) et Gipsonphile m'ont citée dans la même circonstance pour la même raison ou à peu près... Me voilà donc tripplement awardisée en tant que bouffonne de la couture, et cela me va à ravir ! (Je suis soulagée qu'aucune n'ait eu l'ironie de me nommer en tant que reine de la fronce ou de la couture droite... J'aurais pu mal le prendre.)

MERCI donc à vous trois, du fond du coeur !

Bon. Il me faut maintenant dire sept choses sur moi... Inspiration, assoupplissement de la nuque, petits sauts sur place. On y va.

- je suis née dans un anachronisme. Mes premiers souvenirs, me ramènent chez ma mamie, Odette, dans un tout petit appartement, à Carmaux dans le Tarn, dans la cité minière Gourgatieu. Tout, là bas datait des années 60, depuis les bâtiments (1963), les aménagements urbains comme la piscine d'été, le théâtre de plein air avec sa colonnade de ciment, les meubles de la maison, plus anciens encore pour la plupart, les objets soignés et entretenus depuis longtemps, l'électroménager, même, et la Singer à pédale, magnifique avec sa marquetterie de nacre... Je suis une petite fille modèle qui fait des dessins pour sa maman, rêve de devenir une princesse et collectionne en cachette les médicaments périmés pour pouvoir empoisonner ceux qui me l'embêteront. Dois-je préciser que  je ne suis jamais passée à l'acte ?!

A l'époque, je ressemble plus ou moins à ça...

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-A 14 ans, je suis fan de Billy Idol. J'ai tapissé les murs de ma chambre de posters représentant la face grimaçante du bonhomme. Ma grand-mère, qui y dort lorsqu'elle vient nous voir, cauchemarde en continu. Je porte du vernis noir, un bracelet à clous, des chemises bleues ayant appartenu à mon oncle, lorsqu'il était militaire, mais je rêve d'être comme les autres. Je sors avec un garçon fan de Dépêche Mode (et de Stallone, Schwartzenegger...) que je quitte parce qu'il ne plait pas à mes copines. C'est une énormité que je ne referai pas. Premier point positif... le deuxième étant que le gars en question n'était pas si exceptionnel que ça. Entre temps, j'ai découvert le théâtre (nous jouons Anouilh, Lorca...), et j'ai le désir d'écrire (mais je m'en tiens à des choses sombres et un peu ampoulées). A proprement parler, je ne ressemble déjà plus à rien.

- Depuis l'adolescence, je négocie avec ma laideur (des yeux si petits que mon ophtalmo craignit un jour à voix haute qu'aucune marque de lentilles ne propose ma taille... me confirmant ainsi que mes pires soupçons étaient fondés, mes dents sont de travers, et personne ne peut me dire pourquoi jamais on ne m'a posé d'appareil dentaire, ma peau est inégale, tachée, irritable, boutonneuse...) et j'arrive par moments à créer l'illusion d'un physique intéressant. La photo, elle, n'est pas menteuse. Vous n'en verrez aucune. Non mais !

- Longtemps j'ai voulu être autre : sur la base d'une légende (un amie de ma mère avait prétendu qu'un large  grain de beauté, sur ma hanche gauche, était une marque distinctive, signe d'une ascendance royale orientale. Devait fumer, celle-là...), j'ai appris l'arabe dialectal,  en fac. Il ne m'en reste rien. J'ai rêvé de maîtriser la cuisine indienne, je me suis inventé des origines siciliennes, une petite cousine envahissante, un ex voleur de grands chemins... Je garde de cette époque un souvenir tendre et consterné. Aujourd'hui, j'envisage de me mettre sérieusement à l'occitan (mais depuis longtemps déjà et sans avoir trouvé le temps...), que parlaient mes aïeux, et je danse la sévillane et -mal- le flamenco, ce qui ne correspond à rien de mes origines, mais me comble d'aise.

- Je n'écris plus et je sais que je n'y reviendrai pas : j'ai choisi la vie lorsque mon fils ainé est venu au monde, en 1995. Cela ne s'est pas décidé. C'était juste évident. Des frustration perdurent, mais elles ne me feront pas écrire parce que je m'en sens incapable (deuil sans douleur des illusions de la jeunesse) et que je n'ai sans doute rien à dire. Je n'ai pas non plus de fille. J'ai admis il y a peu que je n'en aurai pas... ma fille-mon livre resteront non-écrits, et donc parfaits ! En revanche, je parraine (marraine !) une petite fille malienne, belle comme la lune et les étoiles réunies, et qui grandira chez elle.

- J'ai peur des dinosaures (même si je sais que le risque d'en croiser un, au lycée, est égal à zéro) et des inondations, aussi, ma maison est-elle en hauteur.

- Le blog est un merveilleux moyen de partager ce que l'on fait, mais c'est aussi masque de théâtre et un défouloir, un moyen de s'accepter telle que l'on est en ne montrant que ce que l'on veut : la vie rêvée que l'on y construit est une compensation, pas si mensongère que ça (je rassure les âmes sensibles...) mais qui aide à aller encore mieux lorsque le quotidien accroche au fond de la casserolle. C'est mon sport à moi, en fait ! Je mesure à leur juste valeur, ni trop ni trop peu, les petits mots des unes et des autres, leurs attentions qui sont de l'ordre de la gratuité, chose exceptionnelle dans le monde qui est le notre. Merci à toutes celles qui sont venues et ont laissé un sourire, un avis, comme on laisse un caillou sur un muret, en montagne.

Bon, ben c'est malin... moi qui claironne partout que ce blog n'est pas une boite à stript-ease, je me suis bien lâchée ! C'était la saint quoi, aujourd'hui ? Sainte parlotte, sainte nunuche va à confesse ?

Peut-être la saint MOI, tous comptes faits. Promis, je reviens avec de la couture et des blagues nulles dès que possible.

Avant, je passe le témoin à sept autres bloggeuses. Bon, certaines ont sans doute déjà été distinguées, forcément, c'est logique, mais tant pis !

- C'est comme si c'était fait, un tout jeune blog sur lequel tout est beau. SI si, parfaitement. Allez voir !

- Même avec deux mains gauches, pour la variété, la maîtrise et la simplicité

- rififi dans les bobines, parce qu'elle coud super bien sans la ramener et qu'elle est super sympa !

- Knitting Milouze, parce qu'elle réussit tout ce qu'elle touche, et qu'elle a un chat sympa

- By Sandra's Hands, jeune, belle, inspirée... il vous en  faut plus ? Parce que j'en rajoute, y a qu'à demander !

- Mon petit bazar, parce tout est BEAU et que je suis JALOUSE !!! Là.

- !, pour les bijoux et les sacs que je voudrais tous... J'vous ai pas dit, j'ai un truc avec les sacs, aussi.

Bon, ben va falloir avertir tout ce petit monde, maintenant...