WWWOUOUOUOUCHHHHH...

(bruit de ma tête émergeant non pas d'une bassine d'eau après une séance d'apné, mais de mon cartable après une semaine de reprise assez intense...)

C'est ébouriffée, hagarde, que j'émerge des dix jours de reprise, intenses comme on ne l'imagine pas quand on ne les vit pas, accablants comme ils ne devraient logiquement pas l'être après 18 ans (oh pétard...) de service. Pourtant, j'avais préparé mon truc ! Fin août, j'avais soigneusement commencé à aligner mes séquences pédagogiques (comprendre : les chapitres de mon année) classe par classe, comme des perles sur un collier. J'agençais d'ailleurs soigneusement tout ça quand, tout à coup, une furieuse envie s'est emparée de moi : devenir prof  d'EMT.

Je remercie par avance les pas-encore-trentenaires de NE PAS prendre un air mignon (déteste ça... est-ce que je prends un air mignon, moi ?!) pour faire remarquer qu'elles ne savent pas ce que c'est parce que ça n'existait plus à leur époque... Je sais parfaitement que j'ai eu 41 ans l'été dernier...

Rappelez-vous (celles qui savent, là !) les cours d'EMT. Les deux heures hebdomadaires pendants lesquelles nous avons toutes et tous (je suppose) réalisé l'abat-jour en laine, le sac de sport pelochon avec les poignées en sangle cousues sur l'extérieur, le porte-carnet en carton gainé de papier à suspendre derrière la porte de la cuisine (pour la liste des courses !). C'est en EMT que j'ai rencontré cet objet - que je n'ai plus jamais croisé par la suite - que l'on appelle un plioir, sorte de chausse-pied totalement plat qui sert a appliquer du papier sur un support... ou à plier proprement un papier ! Et les cours de cuisine, au programme de 3°... les beignets aux pommes, les madeleines cramées au fond du moule, la bataille de torchons qui nous avait valu deux heures de colle collective... Ahhh... le bon temps...

Bref, j'ai eu envie de coller, d'assembler, de tordre, de... Et j'ai foncé à la Droguerie ! Nous étions à Nantes pour la journée, c'était la fin de notre séjour en Bretagne, la France entière, à l'exception des celtes cantons, fondait sous la canicule, et sous le verre d'une vitrine, dans la boutique, il y avait un modèle de boucles d'oreilles qui m'a tout de suite raconté une histoire...

1) Je suis une gentille prof de langues...

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Avec ces boucles là, je suis une gentille prof de langues... Je conduis une minuscule voiture toute pimpante (et propre)... J'ai un petit chien bien dressé... Je suis toujours bien coiffée, correctement habillé... Ma trousse est pleine de jolis stylos fantaisie achetés dans de gentilles boutiques au gré de mes voyages en Angleterre... Je souris à mes collègues, je suis toujours à l'heure. Je n'ai jamais pris de cuite, je ne fais jamais la grève, je ne dis jamais de gros mots. Et je suis célibataire (comme quoi !).

Tout à fait moi.

Rassurez-moi. Vous aussi, il vous arrive d'avoir envie d'un vêtement, d'un accessoire, parce qu'il vous donne l'impression de devenir un peu quelqu'un d'autre ? Juste pour voir ? non... OK.

Bon, parlons technique. Ces boucles sont composées, grosso modo, d'un fermoir sous lequel un anneau s'insère dans une intercalaire filigrannée (à peine visible sur la photo, mais c'est la même que sur la troisième paire, en fin d'article). Sur celle-ci, on colle une armature de fleur à six pétales. On lui superpose un pistil (le machin avec les poins blancs) et on colle, au centre, un brillant. Tout est collé, mais comme je ne fais pas confiance à la colle, j'ai attaché le pistil avec un fil métallique fin que l'on voit un peu, d'ailleurs... C'est plutôt moyen comme résultat, mais bon.

Sous l'intercalaire, un anneau centralise deux chaines de longueurs différentes, au bout desquelles un autre anneau emprisonne une petite feuille. Celle-ci n'est pas vendue à l'unité. Il faut la retirer d'un montage vendu tout fait, et qui en présente une bonne dizaine sur des anneaux. Entre les deux chaines, une tige descend aussi de l'anneau. Elle se termine par une perle qui lui est suspendue, surmontée d'une coupelle. La tige est coupée en deux parce qu'au milieu se trouve une intercalaire sur laquelle est collé un brillant.

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Et sur la bête ? eh bien ça donne ça.

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Le modèle est assez onéreux ; j'en veux pour preuve le fait que j'ai illico occulté le souvenir du montant de mon chèque... D'autant que j'ai aussi acheté ça :

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Et une fois rentrée à la maison, j'ai ouvert le livre... et eu besoin de retourner à la Droguerie, dès notre retour, à Toulouse, donc, où j'ai acheté de quoi devenir :

2) Une prof d'arts plastiques

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Avec ces boucles là, je suis prof d'arts plastiques. Je passe mes vacances en Provence. J'adore Cocteau, Sonia Delaunay et la tapenade. Je porte des jupes larges en lin, des blouses pleines de couleur. J'habite une grange restaurée et je cours les festivals de théâtre... Mon père est retraité, il était psy, ma mère est peintre.

Encore un rôle de composition (j'en suis toujours au bonhomme "patate"...) !

Cette paire de boucles là n'est pas dans le livre de la Droguerie, mais le thème m'avait attiré l'oeil... A faire, elles sont très simple ; il suffit d'un clou sur lequel on enfile le berlingot, que l'on tord, puis sur lequel on enfile la grosse perle plate, et allez Zou ! On fait un anneau dans le fermoir ! Le point noir sur la perle moutarde est une demi-sphère que l'on colle (en essayant d'avoir la main moins lourde que moi sur la colle... cf. la boucle du haut...)

A faire sans modération.

Et puis le même jour, j'ai aussi pris de quoi faire :

3) la paire de circonstance !

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Mercredi dernier, nous sommes allés voir...

(non pas au "fort d'Aubervilliers", mais à Auch où le spectacle de Bartabas a été donné pendant deux petites semaines pour lancer la saison de Circa)

Dans un chapiteau conçu sur le modèle d'une arène, un décor de toiles tendues découpées comme de la dentelle noire et représentant des têtes de mort matérialise une scène centrale et une galerie en hauteur tout autour des gradins. En bas et en haut, donc, autour du public et devant lui, s'ébattent squelettes, personnages intermédiaires entre spectres et vivants, percussionnistes sud-américains et chevaux. Le spectacle prend la forme d'une danse macabre hypnotique et joyeuse, pleine de poésie et d'humour. Le cheval y occupe une place de choix mais le travail d'école y est caché, mis au service de tableaux animés.

Et les boucles ? Eh bien il me les fallait ! Primo, pour le spectacle, et deuxio, pour la pré-rentrée, histoire d'annoncer la couleur !

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Je ne ferai l'injure à personne d'expliquer le montage ! La photo parle d'elle-même. Il faut simplement investir dans des anneaux de forme allongée. Pour info, l'intercalaire dans laquelle se trouve la tête de mort est celle utilisée pour la première paire, en haut du post. Il faut juste couper les deux anneaux de côté qui dépasseraient de part et d'autre de la fleur.

Et la boucle est bouclée.

Bon, mon fils de 17 ans m'a demandé avec effroi si j'étais devenue gothique... J'ai, moi-même, eu un doute... A part la Poule, personne de peut porter décemment des bijoux à tête de mort passé 13 ans et demi... Mais vous savez quoi ? M'en fous.

De toutes façons, pour me mettre en conformité avec mon âge canonique, j'ai acheté ça, à la Droguerie, en même temps que les fournitures des boucles :

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Il ne me reste plus qu'à y retourner ! Bon, là, d'ici deux ou trois mois, vu le rythme ! Et heureusement.