... ou plutôt à la robe portefeuille."

Ici s'arrête le message initialement prévu pour présenter la robe Burda que j'avais presque achevée le 13 novembre, au soir, au moment où la télé a commencé à évoquer des "incidents" dans les rues de Paris. 

Je vous épargne les étapes de la prise de conscience, au fur et à mesure que le bilan s'alourdissait à l'écran. Je ne fais pas partie des plus touchés (mon fils qui étudie à Paris était dans son studio le soir des faits), je me garderai donc d'en faire trop mais j'ai un sentiment étrange à l'idée de présenter de la couture, de jouer mon petit théâtre en ligne... Je pourrais, certes, dire que "la vie continue", voir même que les victimes auraient sans doute voulu que les choses continuent normalement, seulement il m'insupporte de faire parler les absents (qui, comme on en a l'habitude, donnent toujours raison aux vivants) et je suis déjà mal à l'aise avec l'idée qu'aller boire un coup puisse être un acte de résistance. S'il fallait, pour résister, jeûner trois jours, il y aurait sans doute moins de héros en circulation. Nous continuons, simplement, à vivre, parce que nous n'avons pas le choix, parce que notre machine qui fonctionne plutôt mieux que celle des cons qui posent les bombes nous pousse à ça.

Depuis plusieurs jours, ce sont les vers de La Fontaine qui me hantent, dans "Les Animaux malades de la peste" :

Ils ne mouraient pas tous,

Mais tous étaient frappés"

Il me semble que nous en sommes là.

Ce massacre, dans ce qu'il a d'arbitraire (puisque les victimes n'avaient que le tort d'être là), nous frappe d'horreur moins en raison de la compassion que nous aurions à l'égard des morts, des blessés et de leurs familles, moins par militantisme en faveur d'un idéal de vie, théorique et pensé, que nous prétendrions incarner et défendre, que parce qu'il nous rappelle crûment les limites de notre condition. Quelques grammes de métal, un geste, un souffle, une molécule suffisent à nous effacer. Or, nous passons notre vie à nous divertir, au sens pascalien du terme, pour occulter cet impensable qui germe en chacun de nous par le seul fait que nous sommes nés. Et voilà qu'on nous en donne le spectacle ultime, que la faucheuse affublée d'une barbe de circonstance vient se rappeler à notre bon souvenir.

Bref, ce n'est que la force vitale qui pousse les uns à rire, les autres à sortir à nouveau pour chanter et danser. Il n'y a pas lieu de s'en offusquer, pas plus d'ailleurs, que de s'en glorifier. Comme les fois précédentes, l'événement semble ouvrir les consciences et nous rendre momentanément plus lucides, plus prompts à aller vers les autres... C'est humain. Mais mon manque cruel d'illusions sur l'espèce humaine me retient d'y croire, et j'ai une terrible mauvaise conscience, là, avec ma petite robe d'été qui me semble grimacer.

J'ai donc attendu huit stupides jours avant de prendre les photos coutumières. Au final, je les montre. Qu'on ne m'en veuille pas si le service est réduit au minimum.

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 (Les couleurs sont ternes et grises du fait de la lumière matinale. En vérité, l'ensemble est plus coloré, plus éclatant.)

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Il s'agit d'une interprétation assez libre de la robe drapée issue du Burda Style de septembre 2015. Le modèle est présenté dans diverses matières, mais le plus souvent doublé, ou affublé de manches.

Dans le journal, c'était ça :

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Or, ce que je voulais, c'était une robe portefeuille de tricheuse, qui ait un drapé sur la hanche, qui s'enfile comme un tee-shirt, et qui soit en jersey tout bête. 

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J'ai donc retouché le fond pour qu'il soit droit et pas évasé. Ce n'était pas bien difficile. J'ai hérité d'une jolie dissymétrie dont je ne suis pas sûre qu'elle figure dans le modèle de départ. Pas du tout sûre, vraiment.

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J'ai posé une parementure et mis un biais à l'emmanchure, j'avais justement un morceau de biais orange assorti.

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Tout s'est déroulé avec une anormale facilité si l'on considère qu'il s'agit d'un patron Burda coté trois boules. Les pinces qui se font en deux temps sont assez faciles à réaliser et elles tombent pile comme il faut. C'est assez saisissant pour qui a plutôt l'habitude des résultats en forme de mal entendu anatomique.

Toutefois, j'ai réussi à monter la robe à l'envers. Le drapé devait être à gauche (comme il l'est dans les photos prise au miroir), or, il s'est très proprement porté sur la droite. Peu importe.

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La robe me plaît, elle est confortable et le décolleté tient en place même si je bouge. Il me faut, maintenant que j'ai repris un poids normal, rentrer un peu le ventre et éviter de regarder mon derrière qui prend une ampleur kardashianesque (enfin, en perspective...) mais ce n'est pas bien grave, d'autant que j'ai de la marge avant de rivaliser.

Le jersey vient de chez Toto. Je l'avais acquis au printemps dernier (il me semble) sans trop savoir ce que j'en ferais. Inexplicablement, il était la matière d'une robe drapée sans manches aperçue à la fin d'un petit catalogue de la Redoute au début de l'été... J'aurai encore fait preuve, sur ce coup là, d'une imagination débordante.

 Et sinon, avant d'oublier, j'ai taillé le patron en 34, pour un vrai 36 confortable.