Je suis une adepte de Marie-Claire idées. Depuis des années, j'achète ce magazine, je le lis, le relis, rêve devant, l'archive, le ressors religieusement longtemps après l'achat . Ce n'est pas que j'adhère  à tous les choix de déco, loin s'en faut. Certaines créations (en écorce ou en papier...) me laissent perplexe. Je ne corresponds pas non plus au modèle visé de lectrice : je n'ai pas les moyens d'acheter les objets de déco ou les produits mode et beauté conseillés. Mon intérieur s'accomoderait fort mal de la plupart des conseils donnés dans les pages du journal...

Mais parcourir Marie-Calire Idées, c'est comme pousser la porte d'un bazar chic qui vous fait rêver d'autre chose. C'est l'outil procrastinatoire par excellence, le rêve de l'ouvrage parfait remplaçant avantageusement la création elle-même. En outre, certaines idées créatives sont géniales ence sens qu'elles sont faisables, et je parle pas des recettes dont certaines sont devenues des classiques de la maison. Bref, c'est un de mes vices. (Ricanez pas, on en a toutes !)

Dans chaque numéro, donc, le mag propose un patron gratuit parfois offert par une marque qui s'assure par là un peu de publicité. L'offre profite à tous, et en premier lieu aux lectrices qui peuvent aller charger le patron sur le site. La Droguerie a notamment offert deux patrons de robes d'été (ici et ). J'ai donc été charmée de découvrir dans le dernier numéro une robe Iam Patterns qu'il s'agisait de réaliser : la Cassiopée. Toute à ma joie (la photo était charmeuse...), j'ai cliqué, suivi les liens et quelle n'a pas été ma déconvenue lorsque je suis tombée sur la page de la boutique, la page classique et régulière proposant le patron à la vente pour la modique somme de 14ou 15€. J'ai d'abord cru à une erreur, un lien corrompu, un code remise oublié au passage, mais non. Le patron gratuit est proposé à la vente.

Ici, une pose  Petit Larousse s'impose.

Gratuit : adj. qual. - du latin gratuitus, de gratis - 

  • Qui est fait ou donné sans qu'il en coûte rien, dont on jouit sans payer : L'enseignement gratuit et obligatoire.
  • Qui est accordé d'une manière désintéressée : Il est rare que les éloges soient gratuits.
  • Qui n'est ni motivé ni justifié : Une accusation gratuite.

Vous le sentez venir le méchant procès en sorcellerie ? (ou comment je vais fatalement illustrer la troisième définition ?!)

Frustrée, agacée, j'ai donc filé faire ma mauvaise tête sur IG où nombre de couturières encensaient le patron, jurant qu'elles coudraient la robe le week-end suivant. Avec une sale mauvaise conscience, mais un fond d'agacement amer, j'ai donc laissé un commentaire aussi acerbe qu'inutile auquel une personne charmante a répondu gentiment que le plan de coupe était offert.

Ma remarque était idiote, certes, mais j'avais déjà noté que le patron, réduit aux mensurations d'une page A4 était offert... Qu'à cela ne tienne. J'allais l'agrandir, l'imprimer, le couper, triompher (ou coudre une cassiopée pour Barbie !).

Le problème a donc rebondi lorsque j'ai tenté de négocier avec mon lecteur de PDF. Fourni avec mon ordi (acheté en juillet, doté d'un i5, respectable, donc !), celui-ci ne proposait pas l'option agrandissement... Agacement...

Et puis, agrandir oui, mais jusqu'où ? Mon mari, alerté sans doute par mes monologues et préférant éviter des test d'impression multiples, a pris les choses en main. Sur un site, il a découvert que pour que le repère qui mesurait 8 mm acquière la taille respectable de 5 cm, il fallait imprimer en 650 %. Forte de cette information, j'ai tenté l'expérience au collège... où j'ai découvert que le lecteur de PDF grossissait jusqu'à 400%, maximum non négociable.

De retour à la maison, j'étais d'une humeur de Yéti femelle en période de mentrues, envisageant presque d'acheter ce foutu patron, histoire d'en finir. Mon mari a donc opté pour l'abnégation totale (mais faut dire que subir Yéti toute la soirée...). Il a chargé le plan de coupe et lancé l'impression. Le repère de 5cm est ressorti, long de 6. 

Après réflexion, nous avons opté pour un agrandissement de 500%, et obtenu ça :

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Victoire pour le peuple !

Il restait à coller, découper, pour tailler, etc, etc...

Je m'y suis donc mise le vendredi suivant,en début d'après mid, après avoir sacrifié 15 ans de cheveux pas taillés chez une coiffeuse, pour obtenir ceci, un petit carré dégradé adorable que j'aurais dû faire depuis... ben... 15 ans :

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(on imagine l'état émotionnel dans lequel je pouvais être...d'ailleurs, c'est bien simple, je suis toute floue et ce vieux cochon de David Hamilton n'yest pour rien !)

Pour arranger les choses, j'ai allumé la TV et opté pour la rediffusion de Valmont, film sorti pour son malheur la même année (1988) que l'adaptation concurrente du roman de Choderlos de Laclos, Les Liaisons Dangereuses, celui de Stephen Frears... Me voilà donc, ciseaux à la main, un oeil sur mon patron et mon tissu (un coupon ancien choisi comme brouillon... heureusement), l'autre sur l'écran...

Ce n'est que dimanche après-midi, après avoir consacré le reste de mon week-end à des activités domestiques et pédagogiques, que j'ai compris mon erreur : j'avais pris les pièces du devant et du dos (dangereusement triangulaires, du fait du raglan combiné à l'option "chauve-souris") de travers,confondant l'encollure avec le dessous de bras.

Vous ne voyez pas ce que ça peut donner ni comment c'est possible ? Dites vous que c'est juste une horreur. Et si ça ne passe pas, prenez un doliprane, poussez le avec un armagnac et revenez : ça va s'éclaircir tout seul.

Honte. J'étais punie de ma colère, ramenée à ma petite hauteur de gacheuse de tissu prompte à faire la leçon... Instantanément, le tissu bon marché choisi pour cette tentative m'a semblé infiniment regrettable, doté d'un tomber parfait et d'une couleur sublime... épais, il devenait le coupon idéal pour une robe d'hiver.

Dégoûtée, j'ai tranché les deux pièces par le milieu pour rétablir les deux moitiés de patron que j'ai montées à l'endroit... avec une sublime couture au milieu du devant et du dos... et un haut de robe taillé, donc,pas du tout dans le droit fil !

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J'ai achevé mon montage avec une rigidité monacale (et zéro jouissance coupable, comme on s'en doute), entre autoflagellation et introspection douloureuse.

Ma cassiopée est quand même finie. 

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Au final, j'ai taillé la plus petite des deux pauvres tailles généreusement offertes sur le plan de coupe, mais il a fallu recouper deux centimètres des deux côtés du haut. J'avais réduit le bas de 10 cm devant et dos (sans quoi mon coupon-test ne suffisait pas), et je suis encore dans un sac.

La forme de la robe est ainsi faite, et elle est originale et jolie, mais : 

  • elle ne s'accommode pas d'un tissu lourd ( c'était déconseillée... je sais...on suggérait de la soie ou de la viscose toute légère.)
  • je porte mal les robes amples à fronces (je le sais depuis longtemps aussi...)

Bref, j'ai pris de grandes résolutions, à défaut d'avoir cousu la robe de l'année : je ne médirai plus quand une jeune marque de patrons vendra le fruit de son labeur. C'est de mauvais goût. Et je ne coudrai plus de robe ample avec des fronces. Même si on me donne le patron.