Dégager du temps pour coudre est parfois difficile, mais coudre en cachette de son conjoint pour lui faire une surprise relève carrément du défi ! Je témoigne...

Cela faisait longtemps que je n'avais pas cousu de chemise pour homme et j'avais envie depuis longtemps de me mesurer à l'épreuve de vraies manches longues avec des poignets boutonnés et tout et tout. Le projet était donc ancien mais ma capacité d'anticipation étant ce qu'elle est, je me suis rapidement trouvée hors délai, passant sans transition de "j'ai trop le temps..." à "ah oui, mais... c'est dans huit jours !".

J'étais à deux doigts de renoncer quand j'ai été sauvée par le souvenir de ces héros télévisuels qui nous ont tous plus ou moins inspirés. Je veux parler des candidats de Cousu Main qui réalisaient en 4 ou 5 heures des vêtements complexes. Oh, je sais bien que je n'ai pas le niveau pour me comparer à eux, mais tout bien pesé, je pouvais, en m'organisant, glaner un peu plus de 5 heures, et -au pire- je pouvais toujours courir acheter un cadeau d'anniversaire et reporter les finitions de la chemise à décembre 2018. Ou février 2019.

Forte de cette motivation nouvelle et de cette mauvaise foi de winneuse, je me suis lancée.

1) Etape 1: dimanche soir.

L'intéressé ayant dû s'absenter pour s'improviser taxi, j'ai sorti mon patron, tiré d'un Burda de mai 2011, le modèle 129 déjà utilisé à plusieurs reprises (même si les trois chemises précédentes ne sont plus visibles sur ce blog, leur propriétaire ne souhaitant plus y apparaître).

J'ai ressorti les pièces décalquées, étalé le tissu, relu les consignes, arraché plusieurs poignées de mes cheveux, puis taillé. 

2) Etape 2 : le lundi.

Le lundi, une semaine sur deux, c'est pas ravioli, c'est mieux ! J'ai du temps pour moi, seule à la maison. Après avoir fait le ménage (sans quoi, ça aurait été louche...), j'ai sorti mes pièces et commencé le montage.

Concentration maximale, oeil sur la montre, j'ai pu faire le plus gros, non sans l'angoisse du faux pas qui, pour une seconde d'inattention, vous "fout dedans" avec un truc débile à défaire du style manche montée à l'envers. Par chance, tout est allé comme sur des roulettes.

Pour autant, lorsque j'ai tout caché vers 16 h. 30, il fallait encore faire l'ourlet du fond, monter les bracelets en bas des manches et surtout faire toutes les boutonnières (14...) et coudre les boutons.

3) Etape 3 : mardi matin de 7 h. 05 à 7 h. 20

Posage d'épingles en bas de la chemise. Stress, jurons... Bon sang, mais comment fait-on un ourlet sur un truc arrondi ?!

4) Etape 4 : mercredi matin de 7 h. 05 à 7 h. 20 (une pensée pleine de gratitude aux agriculteurs dont les barrages ont obligé monsieur à partir plus tôt...)

Couture de l'ourlet du fond (le plus laid de ma vie). Pas de photos.

5) Etape 5 : jeudi matin, sur une plage de deux heures de pause dans mon emploi du temps (heures hors emploi du temps, non payées donc ! Je précise, des fois que...)

Après avoir accompli les tâches essentielles (de l'administratif, principalement...) je ferme ma porte et, dans le secret de ma classe déserte, je sors la chemise bien avancée, du fil, des aiguilles, les boutons achetés la veille en rentrant chez Centrakor (mercerie inaccessible à cause des barrages de fumier posés et enflammés par les agriculteurs, mais c'est pas grave, les mecs. je vous soutiens quand même!!!).

Et je couds mes boutons. 12, pas plus : les deux derniers doivent figurer sur le bracelet de poignet qui n'est pas encore monté.

6) Etape 6 : jeudi entre midi et deux.

De retour à la maison, je respire, fais craquer mes doigts et m'installe pour la couture des bracelets de manches. Rien de plus...

La chose étant faite, je repars.

7) Etape 7 : jeudi 17 h. 30

Un jogging providentiel me permet de réaliser les 14 boutonnières. Nouveau miracle (on en est à 4 ou 5, l'air de rien, depuis le début !), aucune ne part en vrille... Je tiens la route.

8) Etape 8 : vendredi 16 h. 45

J'ai 15 minutes pour coudre les deux derniers boutons.

Je n'ai plus qu'à me tracasser pour faire le paquet cadeau, et croiser les doigts pour que la chemise ne déconne pas lors du premier lavage : la météo immonde de ces derniers jours ne m'avait pas permis de laver le tissu à l'avance, ce qui est une faute.

(depuis, c'est chose faite et le chambray des Coupons de Saint-Pierre a assuré !)

Voilà donc le défi relevé. Je ne suis pas peu fière. Certes, les chemises sont encore ce que je réussis le mieux, mais je ne pensais pas pouvoir coudre vite et correctement. Il faut croire que la motivation m'a portée loin de mes travers ordinaires. Je le note.

Place aux photos :

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Bilan : 

  • l'absence de col est voulue, question de préférences personnelles du propriétaire.
  • Le bord à bord de l'empiècement épaule est un de mes moitifs de fierté.
  • Je n'ai pas doublé  le col au thermocollant : j'ai essayé mais le thermomachin qu'on m'a vendu collait systématiquement sur la patte-mouille, jamais sur la pièce du col ! Un sketch digne d'un film de Chaplin. J'ai abdiqué en inventant des jurons de l'espace...
  • Concernant la finition de la fente des poignets, je peux progresser encore avant d'obtenir un beau triangle régulier, mais je dois avouer que j'ai dû réinventer le montage à partir de l'explication du col polo dans les Intemporels pour Femme Enceinte, la prose Burda m'ayant collée en PLS...

Et puis surout, vous n'en jugerez pas ici, mais le résultat porté est très beau !