Derrière tout grand homme il y a, dans l'ombre, une grande femme. Pensez à Michelle, près de Barack, ou à tante Yvonne, aux côtés du Général...

OK Teen', tu ne vois pas de qui je parle... Ici, tu as deux solutions :

Soit tu restes ferme sur l'idée que tout ce qui est arrivé avant tes 12 ans est nul et non advenu, et tu te drapes dans ton mépris ordinaire. Tu peux dès lors passer ton chemin. Je ne sais d'ailleurs même pas ce que tu es venu faire sur cette page.

Soit tu bouges tes grosses fesses et tu vas promener ton acné sur cet objet extraordinaire qui ne demande aucun temps de chargement, ne consomme à l'usage aucune énergie fossile ni même nucléaire et ne plante jamais. Penche toi sur un livre et apprends. Voilà... oui, le Général, c'est ce grand type avec un gros pif qui déambule dans Paris libéré... on progresse... pas vite, mais on progresse...

Revenons à nos moutons et abandonnons un instant la nouvelle génération (oui... la fréquentation abusive d'adolescents finit par agacer...). La mère Noël a toujours été pour moi une source d'inspiration, et je trouve qu'on ne lui rend pas assez hommage.

En effet, celle qui devait devenir la fidèle compagne du Père Noël n'était pas née sous les meilleurs auspices. Fille d'une pole danceuse obèse dont la carrière peinait à décoller et d'un père qui avait rêvé d'entrer en politique avant de sombrer dans l'alcool, son destin menaçait de rester sombre. Les ambitions paternelles avaient ruiné la famille alors que la future dame en rouge était encore toute jeune. Il faut dire que le programme du fringant quarantenaire tenait en une formule ambitieuse : "casser les codes à tout le monde". On se doute qu'à cette époque lointaine et bénie où les gens lisaient les programmes avant de voter, l'individu n'avait aucune chance. Les soirées passée à plier les professions de foi n'ayant servi à rien, et les maigres finances de la famille ayant fondu comme neige au soleil, il avait fallu réagir. Balthazar, le frère aîné, était donc devenu dealer et il avait eu l'idée porteuse d'investir. Profitant de la nuit la plus longue de l'année, il comptait distribuer gratuitement aux enfants de la neige chimique en sachets histoire de fidéliser une clientèle encore jeune, et afin de boucler ce vaste programme dans les temps, il avait enrôlé sa soeur qui n'avait accepté que pour éviter une dérouillée historique. Alors qu'elle jetait les petites doses au hasard dans les boites aux lettres, et un peu aussi dans le caniveau car le sachet qu'elle avait ouvert pour se donner du courage lui avait un peu brouillé l'esprit, elle était tombée, au détour d'une rue, sur un étrange jeune homme roux et joufflu, tout de rouge vêtu, et équipé lui aussi d'une hotte (celle-là, rappelez-vous !). Le temps de décider s'il fallait prévenir Balthazar de l'existence d'un concurrent en risquant de provoquer une rixe, la pauvrette avait déjà été repérée.

Le garçon s'était retourné et l'avait dévisagée avec un sourire étonné, le sourire le plus gentil qui lui ait jamais été adressé. Alors biensûr, l'individu était rondouillard, sa présence nocturne au coeur de ce quartier résidentiel tout à fait inexplicable, et il n'avait pas fallu longtemps à la jeune fille pour se rendre compte que l'un des rennes, celui qui broutait discètement la hotte, était ivre mort alors qu'il était encore tôt, mais ni les bottes trouées, ni le projet stupide de s'introduire chez les gens pas le conduit de la cheminée n'avaient vraiement eu d'effet sur elle. Ce type là, c'était sa chance, son unique chance de s'en sortir. Elle l'avait senti presque tout de suite. Elle avait donc jeté ses sachets et s'était calée dans le traineau, au grand désespoir des cervidés, pour assister au chaud à la fin de la distribution la plus gratuite, la plus ambitieuse et la plus absurde qu'il lui ait été donné de suivre.

Ce qu'il advint du jeune couple au matin du 25 décembre ne nous regarde pas. La décence même nous impose de détourner pudiquement le regard. Qu'il suffise de dire q'une grande histoire était née.

Tout de suite, la mère Noël prit les choses en main et l'entreprise grandit. Elle avait hérité de son frère un solide sens des affaires et de sa mère un moral à toute épreuve. Primo, elle sevra Rudolf. Le renne. Puis elle embaucha des lutins chinois et pakistanais afin de fabriquer des jouets à moindres frais et sur place pour bénéficier du label "Fabriqué en France". L'entreprise grandit et acquit une solide réputation grâce à un marchand de soda auquel elle vendit très cher l'image de son mari. Ils étaient lancés...

Pourtant, les choses ne furent pas toujours simples non plus dans le foyer de Santa Klaus ! Comme beaucoup de compagnes de vedettes, il lui fallut rester dans l'ombre afin de ne pas décourager les groupies. Et puis que fallait-il penser d'un mari qui, lorsqu'elle évoquait son désir de devenir mère, lui répondait invariablement : "Moi, tu sais, mon truc, c'est plutôt les enfants des autres..." ? Elle s'endormit souvent, dans sa résidence de Laponie (oui, la famille avait quitté la France pour raisons fiscales), en se demandant si elle n'avait pas épousé le jumeau d'Emile Louis... Il leur vint pourtant Marie-Noëlle, une année où l'hiver avait été plus froid, et le père Noël se réjouit sincèrement, mais cela n'empêcha pas l'inévitable d'advenir : la mère et la fille continuèrent à passer les fêtes seules. Un comble.

Un tel destin de femme m'a inspirée.

Bon, et puis j'avais aussi de côté trois mètres de viscose lurex d'un rouge foncé dont la couleur n'était pas ce que mon écran d'ordi m'avait dit. Ajoutez à cela qu'une illumination m'avait soudainement fait réaliser le potentiel délirant de la robe Mira de Fibre Mood que j'avais ignorée lors de l'achat du journal, sous prétexte qu'elle ressemblait à toutes les robes à panneaux qu'on voyait partout, sans même un effort de fantaisie au niveau du col. Instagram m'ayant décillée, j'ai foncé.

Voilà la chose :

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Je suis sûre que la mère Noël a la même et qu'elle la portera ce soir pendant qu'elle fera les comptes.