8 ans
8 ans et ton image s'estompe malgré moi. Il faut s'arrêter un instant pour retrouver ton sourire, ta voix. Ton odeur même a presque quitté la maison.
Pourtant, dans la rue, des hommes que je croise me disent ce que tu aurais été à 75 ou 80 ans, si tu avais pu avoir 75 ou 80 ans. Ils ont ta silhouette un peu plus courbée, ton visage un rien plus usé, ta démarche un peu plus lente. Et je te vois tel que tu devrais être. Ici. Sans y croire, je me laisse imaginer que c'est toi. Que nous sommes partis faire des courses, chacun de notre côté, et que nous nous retrouvons par hasard, dans cette ville qui est comme notre maison. Et nous nous amusons de nous y retrouver sans l'avoir calculé, de manière inévitable pourtant, parce que nous sommes comme dans le salon, tellement chez nous que nous ne pouvons que nous y croiser. Cela nous est arrivé et je revois nos sourires amusés et sûrs de leur fait, nos attitudes un rien fanfarones.
8 ans sont passés, et tu peuples encore mon univers.
