Coudre la robe qui n'aurait jamais dû voir le jour
Lorsque le patron de la blouse Daily est sorti, je l'ai trouvé charmant. Je n'ai pas manqué de remarquer que le décolleté en V très large grâce aux manches raglan et à une petite fantaisie sur la tête de manche était ultra-réussi. Seulement voilà : j'avais déjà une collection de top boutonnés devant avec un décolleté en V, et il était exclu d'en acheter un autre. En pleine crise schyzophrénique de "je suis une ménagère économe", je me suis interdit de l'acheter. Point final. Enfin presque.
C'était miser sans insta et les photos de la version robe, absolument désirable...
Le premier ou deuxième vendredi de septembre, il me fallait me rendre à Toulouse pour ouvrir le studio de mon plus jeune fils à un plombier afin qu'il établisse un diagnostic et un devis, mon drôle n'ayant plus d'eau chaude depuis juin et ayant omis de s'en occuper. Charmant enfant... Le plombier, quoiqu'assez efficace, était un authentique abruti (mais si je commence à vous raconter le détail, c'est une affaire à durer jusqu'à ce soir) et lorsque j'ai pu refermer la porte sur lui, mon besoin de compensation était immense. J'ai donc cavalé jusqu'en bas de la rue du Taur comme lorsque j'avais 18 ans et que j'étais en prépa à Saint-Sernin, et j'ai foncé chez Les Marchandes. C'était le jour 2 de la grand braderie de Toulouse. Le chasseur-cueilleur qui sommeille en moi devait absolument ramener un trophée, et à défaut de la tête de l'autre empafé de plombier (naturellement réduite !), j'ai jeté mon dévolu sur un superbe tissu à grosses fleurs. Une providentielle étiquette disait 7, 90. Non sans avoir pesé le pour et le contre, j'ai appelé une vendeuse pour lui demander le prix. 21 €50. J'ai avalé ma langue, fait mesurer le coupon. Il restait 1 m 80. Mon air décidé et mon enthousiasme ne me permettant aucun recul, j'ai acheté la chose non sans demander quelle était la petite étiquette... La vendeuse a ravalé (ultra-pro, la fille) un air consterné avant de m'annoncer qu'il s'agissait du métrage de tissu livré dans le rouleau. C'était un tissu Eglantine et Zoé (lui), un prixde 7.90 eut été une mauvaise blague... Je suis ressortie de la boutique avec toute la dignité dont j'étais capable et je suis rentrée avec le tissu que je n'aurais jamais acheté si j'avais su, pour commander le patron que je ne devais pas acheter.
Soupir.
Une fois rentrée, enfin, après quelques jours, j'ai étudié mon patron et visionné la vidéo exliquant le hack du top en robe. Il s'agissait de rallonger mais en ajoutant des cm aux hanches. Crise de doute : on ne les ajoutait pas juste aux hanches ?! Il fallait retracer la ligne du côté depuis l'aisselle ? Non ? Et puis tailler droit jusqu'en bas au risque d'avoir trop d'ampleur au fond ou retailler droit après avoir élargi ? 😵
Devant tant de questions, j'ai laissé un message sur le site de la créatrice qui répond, paraît-il, dans les 24 heures... Il faut croire que son cochon d'Inde avait dû se faire plaquer par sa copine, ou son poisson rouge avoir attrapé une gastro... à moins que mes questions n'aient été beaucoup trop bêtes, mais je n'ai pas eu de réponse dans les 24 heures. Pas de réponse du tout, en fait !
Après huit jours, j'ai lancé sur un coup de tête une opération commando. Nom de code "Banzaï !". Et j'ai mesuré mon tour de hanche qui s'est révélé... plus petit que la largeur du vêtement ! Aucun ajustement n'était requis.
J'ai taillé, monté, manqué de passepoil, cassé la poignée de ma Singer (pour la deuxième fois), cousu le premier bouton, celui du haut, inexplicablement trop bas. Mais j'ai achevée la robe.
La voilà :
C'est une merveille de fluidité, de mollesse, de féminité. On croirait une de ces improbables robes des années 70-80 qui semblaient mener une vie autonome sur le corps des femmes qui les portaient... Bon.Je m'emballe ! MON BOUTON DU HAUT EST VRAIMENT TROP BAS !!! Ma flemme naturelle n'aura pas le dernier mot : je vais en rajouter un neuvième en bas afin de limiter les entrebaillements sur cuisse molle. Oui, j'ai eu une vision d'horreur dans le miroir... N'en parlons pas, mais la vieillesse est un naufrage, comme disait l'autre.
Aucun raccord n'a été possible du fait de la petitesse du coupon et c'est un peu dommage. En revanche, je suis ravie de mon patron que je vais certainement bisser en blouse. Un jour !




