Aux fils de Lau

02 septembre 2015

Donner dans le viking...

Je ne suis pas nordique pour deux sous, je suis même un peu produit du sud-ouest. Toutefois, je dois reconnaître que depuis ma plus tendre enfance, le viking, avec son casque à cornes, son bateau ridicule et ses airs menaçants de chevelu énervé, occupe une place de choix parmi mes références. Il y a eu Vic le Viking qui se frottait le nez pour en faire jaillir des idées lumineuses...

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Il y a eu le film de Richard Fleischer, Les Vikings, antérieur au dessin animé, biensur, mais que j'ai vu un peu plus tard, et qui m'avait beaucoup impressionnée. Kirk Douglas y était laid et attachant dans sa brutalité sans malice, Tony Curtis improbable et magnifique avec son moignon et son pendentif. Il y avait des femmes éplorées, des enfants cachés, des beuveries et des combats entre demi-frères... Brrrrrrr...

Plus récemment, j'ai pris un plaisir phénoménal à regarder avec mon fils aîné quelques épisodes de la série Vikings, sur laquelle nous avons échoué par hasard et dont le personnage principal s'appelle Ragnar, comme dans le film de Fleischer (référence, hommage ?). Nous avons passé quelques heures délicieuses à commenter bruyamment les épisodes dans lesquels les brutes nordiques, entre deux pillages sanglants, dissertaient longuement sur leurs problèmes de couple, leur vision de l'amitié ou de l'identité nationale viking... Un bonheur !

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Cela m'a rappelé le plaisir que j'avais eu à lire Le Viking qui Voulait Epouser la Fille de Soie de Katarina Mazetti, une variation pleine d'humour sur les barbares du nord et leur esprit d'ouverture et de tolérance. Si si...

Pas de doute. J'étais possédée par l'esprit du Nord. Et comme je couds souvent avec un marteau (référence évidente, soudain, au dieu Thor), je n'ai pas hésité quand j'ai vu passer le livre de Annabel Benilan (nordique, ça ?), Vestiaire Scandinave. Je l'ai acheté. Oui, encore un...

Mais du coup, je l'ai testé et même si le modèle que j'ai choisi reste un basique ultra simple, je suis trèèèèèèèèèèèèès contente. Figurez-vous qu'il s'agit d'une robe trapèze (désolée) mais juste parfaite. Le haut est ajusté, le bas pas trop large, le dos original. Et elle est, faut-il le préciser, ultra simple à réaliser. Il s'agit de la robe Birgitta.

La voici telle qu'elle figure dans le livre.

Et voici la mienne, en taille 36, taillée dans un reste de coton bon marché de chez Toto !

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Pas repassée, donc...

 

 

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(et le pansement est lié à l'ablation d'un mini crabe en juin. J'ai protégé tout l'été la cicatrice avec des pansements afin de ne pas me trouver affublée d'un nombril derrière l'épaule.)

Merci de ne pas remarquer la peau de mon bras qui plissouille... Bon sang... Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ?! C'est moche...

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Oui... c'est super dur de se photographier le dos toute seule avec un appareil qui pèse un quintal. Du coup, l'échancrure du dos est déformée alors qu'elle est superbe.

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Et les pinces sont bien placées au niveau de la poitrine ! Oui, j'ai donc la peau des bras qui se relâche, mais je suis gaulée comme une viking. Vieille.

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25 août 2015

Un an.

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24 août 2015

Fainéanter

Le problème, lorsque je stocke les tissus (ce qui est objectivement ma principale activité couture), c'est que chacun change vongt fois de destination, et se voit converti mentalement en une foule de projets successifs qui se trouvent engloutis les uns et les autres par la force de leur succession même. Du coup, des coupons achetés dans un état de frénésie aiguë sont relégués au placard et parfois oubliés. Résultat ? Lorsque je les ressors, je vais souvent au plus simple, comprendre, à du japonais vu et revu en deux pièces et parementures !

Voilà comment cette petite viscose imprimée de chez Toto s'est trouvée convertie en D. Oui, encore une D du Stylish Dress Book 2 connu en français sous le titre Ma Petite Garde-Robe.

Bon, j'ai une excuse. Je voulais du simple, du léger, du pour-la-plage. Vraiment.

J'ai donc ressorti mon patron usé, retouché les côtés (ras le bol de raboter des robes presque finies et de gacher des quantités de tissu !) et taillé tout ça, en un temps record, comme on s'en doute.

Le résultat est sans surprise, mais je pense que la prochaine fois (désolée...), je creuserai l'encolure.

Attention ! Photos.

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Adieu projets ambitieux pour ce tissu inexplicablement proche d'un imprimé vu chez Caroll il y a deux ans !

 

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(ça, c'est un modèle Caroll... regardez bien le motif... )

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12 août 2015

Se lancer dans la restauration rapide

J'aime les meubles peints, un peu comme d'autres aiment leur banque. Sans trop réfléchir, et persuadée de pouvoir m'y mettre.

Et puis j'aime roder chez Emmaüs, à la recherche du vieux machin trop beau, du pichet ancien pas cher ou du petit meuble indispensable (que je n'aurai la place de mettre nulle part...) Et lorsque je trouve ce qu'il me faut (relire la parenthèse...), je diviens débile.

Aussi ai-je débrayé toutes les fonctions de mon cerveau lorsque je suis tombée sur un truc, un rien scandinave, vous en conviendrez... oui, vous en convendrez à partir des images du produit fini vu que les photos de la chose au naturel ont inexplicablement disparu de l'ordi, et je l'ai acheté. Il s'agissait donc d'un meuble de classement des années 60 retapé sans soin, étroit, aux formes droites mais aux angles arrondis, en bois moche.

Je l'ai acheté et immédiatement laissé sur la terrasse à l'abri, pendant un an.

Or, ce printemps, agreg' en poche et besoin de me vider la tête en guise d'envie, j'ai investi dans de la peinture : un blanc mat pour l'extérieur et du gris foncé pour l'intérieur. Je me suis donc mise à poncer puis à peindre pendant les deux jours qui précédaient notre départ en vacances, ce qui explique que j'ai trainé trois semaines une lourde valise mal ficelée dans laquelle il manquait à peu près tout.

Attention photos :

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Bon. Au final, je pensais que ce serait plus fulgurant, mais j'aime bien quand même et puis ce petit meuble va parfaitement contre le dernier mur un peu nu de la uisine, et je peux enfin y ranger une foule de trucs qui encombraient deux tiroirs ! Et puis quoi ?! Il a les "pieds compas"... trop tendance...

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05 août 2015

Faire simple, ou presque.

J'aime les robes. J'en porte peu en hiver, beaucoup plus en été, surtout depuis que j'ai pris conscience que le temps passé et que je n'aurai pas toujours mes jambes, et un âge permettant d'arborer des petites choses féminines.

J'aime les robes et, plus encore, je rêve de coudre la robe parfaite. Dans mon esprit elle est trapèze (en voilà une autre de quête sans fin : la robe trapèze ultime... Passons...) ou pas. Et puis je ne suis pas guérie d'un complexe à la Baby Doll, éternelle enfance et nostalgie de la jupe-qui-tourne-robe-sac.

Du coup, j'avais rangé dans un coin le tuto du plantain version robe. Cet été, j'ai ressorti un minuscule coupon de chez Mamzelle Fourmi, un joli jersey bleu à pois blancs et après avoir envisagé d'en faire plein de choses différentes, j'ai rompu le cercle infernal, fait le deuil de toutes les créas qui ne verraient pas le jour à partir de ce coupon. Et je lui ai fait sa fête.

Cela a donné une robe qui m'a laisée perplexe sur le moment, mais que j'ai porté avec beaucoup de plaisir au fond des Corbières pour flémarder à la maison et puiser de l'eau à la fontaine. Si si, comme la gentille soeur dans "Les Fées"...

Voilà la chose photographiée -mal- dans mon bureau parce que nous avons un problème de volet dans notre chambre. 

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Bon. Ce n'est pas la robe ultime. D'autant que j'ai galéré avec les fronces à l'élastique. En général, je fronce à la machine puis j'assemble. Là, j'ai suivi les consignes. Je suppose que la robe y gagnera en tenue, mais mon élastique, pas assez souple, m'a franchement cassé les pieds au montage. Lors des premiers essayages, j'ai aussi trouvé qu'il ne se faisait pas assez oublier, toutefois ça n'a pas duré : les coutures se sont placées !

Voilà voilà... A suivre, deux autres robes d'été ultra simples, puis, peut-être, du cintré. Mais bon, si je mets le turbo.

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02 août 2015

Renouveler ses obsessions

A une époque, j'ai accumulé les théières. Il me semblait que mon épanouissement personnel passait par la possession de la théière ultime, signe évident de sérénité domestique, de temps pour soi. Bref.

Puis, ça  a été le tour des plateaux. Même chose.

La liste serait longue, tous les domaines étant également touchés, depuis le jean ultime jusqu'à LA besace, en passant par le panier de marché qui fait de vous la ménagère épanouie qui a réussi sa vie, rien moins. 

Ne croyez pas que la lucidité me revienne après coup ; je suis parfaitement consciente même en pleine recherche de l'objet fétiche du moment, que tout ceci est absurde, mais j'imagine que le drogué qui cherche sa dose est à peu près dans le même état de fuite en avant délibérée. C'est donc dans un état de conscience nette de ma propre stupidité que je me suis mise à la recherche de MA travailleuse.

Au départ, il y avait un besoin, celui de ranger fils, aiguilles et autres. Mais ce besoin était à peu près satisfait depuis que ma belle-mère, pour un Noel, m'avait offert une petite boite à couture de chez Casa, toute petite mais mignonne et pratique (et que je vais continuer à utiliser). Puis il y a eu la travailleuse ancienne aperçue dans une boutique en guise de déco, et que la patronne, évidemment, ne voulait pas vendre...

Le vers était dans le fruit. Je me suis mise à écumer les sites d'annonce en ligne, d'enchères, et c'est devenu infernal ! Après des recherches infructueuses, des béguins modérés, je suis tombée sur celle-ci.

Un modèle des années 50-60, sans doute un jouet, du fait de sa petite taille, achetée en raison de son prix très bas, pour sa anse en métal et aussi parce que je ne connaissais pas le système des tiroirs qui se déboitent, habituée que j'étais aux travailleuses traditionnelles qui s'ouvrent en se dépliant.

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Puis j'ai fondu les plombs pour un modèle que je me suis raté deux fois en enchères et que, fatalement, je vais essayer d'avoir (sans savoir où le mettre d'ailleurs !)

Cette mésaventure m'a néanmoins fait découvrir deux choses : je suis dingue du mobilier et de la déco des années 50-60 (et c'est reparti pour de nouvelles obsessions à venir...), et, en ce moment, le mot magique pour vendre tout et n'importe-quoi, c'est "scandinave". 

J'ai donc, pour d'obscures raisons, foncé pour une travailleuse très 50-60 :

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Et pour une autre tout à fait scandinave selon le vendeur :

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Voilà, voilà... Reste maintenant à coudre !

et à se faire se faire soigner, peut-être.

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24 juillet 2015

Faire simple 2

Parfois, je liquide certains boulets. Il m'arrive même de réaliser des projets anciens. D'aller au bout.

Ne croyez pas qu'il y ait quoi que ce soit d'ambitieux sous cette pompeuse formule. Au contraire, rien moins que du très simple.

J'ai enfin réalisé ma jupe taille haute patron presque maison.

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Attention, la génèse : au commencement était la Poule, puis les méandres de l'évolution m'ont amenée ici, c'est à dire jusqu'à un tutoriel que je n'ai pas pu lire, faute d'arriver à grossir le document d'une manière satisfaisante. Enfin est arrivée l'étape cataclysmique dite du Tuto Perso, à grand renfort de papier, de mesures approximatives et demi-cryptées. Le tout a reposé un an (et des brouettes...), et la semaine dernière, j'ai fini tout ça avec une hâte inexplicable.

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Et sinon, le verdict ? Eh bien la chose rend pas trop mal si ce n'est que ce tissu dont j'adore l'imprimé, est inexplicablement rigide. A proprement parler, il "cartonne" sous les doigts... C'est assez inexplicable mais c'est comme ça. Du coup, ça boudine un peu et je passe mon temps à tirer sur ma jupe. Il aurait aussi fallu donner un ou deux centimètres de plus en largeur, pour le confort, et oser des poches plus grandes : celles-ci sont franchement symboliques.

Mais au final, la jupe est amusante à réaliser et je renoue petit à petit avec ma Mac, ce qui n'est pas rien.

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07 juillet 2015

Mépriser la canicule...

... et s'afficher en manches longues (trois minutes, pour la photo !).

Il y a plus d'un an, dans ma vie antérieure (j'exagère à peine), j'étais tombée sur des photos d'une robe "sac" comme je les aime, sorte d'invitation à l'aisance, mais structurée juste ce qu'il faut. La Pia Dress.

Et puis les événements de l'été se sont précipités. J'ai découpé-collé le patron PDF qui est allé gentiment attendre dans une enveloppe craft que l'heure revienne à la couture. Pour l'heure, j'ai fait le choix du tissu, qui a été lavé, et je me motive comme à chaque fois qu'il faut coudre ou oeuvrer dans la langue de shakespeare.

En effet, les patrons Tessuti, comme leur nom ne l'indique pas, sont en anglais. Je pense avoir saisi que la marque est australienne (ou pas !). Ce qui est sûr, en revanche, c'est qu'à côté des patrons payants, il y a 4 gratuits sur le site : ici. Et l'un d'eux m'a tapé dans l'oeil au moment de me remettre à coudre, malgré le choix étrange opéré par la marque de choisir des mannequins agés pour porter leurs modèles certes simplissimes mais point du tout réservés aux amateurs de Stannah et autres baignoires ouvrantes. Il s'agit d'un truc tout simple, restangulaire, faisable à la surjeteuse et permettant de tester for the first time (yahouhhhhhhhhhh...) l'aiguille double.

J'ai utilisé un coupon de jersey rayé offert lors d'un achat déjà ancien, je ne sais plus sur quel site... et je le regrette car le geste méritait d'être signalé, et parce que ce jersey est lourd et souple juste ce qu'il faut pour être ultra agréable à porter. Par moins de 20°C, évidemment...

Attention, miroir crade, comme d'hab'. Il faudra qu'on m'explique pourquoi ce miroir se ternit en deux jours... Je ne blague même pas.

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Que dire, si ce n'est qu'il est super agréable à porter... Je pense que ce machin va faire partie des classiques du dressing. Toutefois, je dois confesser que mes premiers pas à l'aiguille double ont été laborieux. Je pense avoir produit la couture la plus laide de toute l'histoire de l'aiguille double puisque je n'ai pas réussi à coudre droit, et que j'ai même réussi l'exploit de ne pas prendre les deux épaisseurs de tissu sur une longueur déconcertante, et malgré des repères fort rigoureux... Bref, j'ai défait autant que j'ai cousu et fini par faire le fond à la surjeteuse, en bonne bucheronne, au fil noir sur une rayure noire.

On ne se refait pas !

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28 juin 2015

Enfiler des perles

Cet hiver, quand j'ai eu besoin de faire un truc de mes dix doigts, mais sans avoir l'énergie de me lancer dans une vraie création, j'ai eu envie de me faire des bijoux. Tout part de là, en général, du syndrôme de la petite fille de 8 ans qui ne sommeille jamais très profond, dans un recoin de la conscience. 

Un bijou, ça se fait vite, sur un coin de table s'il le faut. On peut le rater et le refaire, ou l'abandonner sans risque de mauvaise conscience, parce que c'est un rattage de petite taille, moins douloureux.

Et puis il y avait un souvenir à assumer ou à conjurer, ce qui revient un peu au même, celui de mon père toujours consterné quand il me voyait assembler des perles. Voir une femme adulte, sa fille unique de surcroît, exerçant un métier obtenu sur concours au terme d'années d'études dites "classiques", mariée et mère de famille, perdre son temps à une occupation inexplicable, selon lui, au delà de l'âge de 8 ans, lui semblait relever d'une forme particulière de perversion, d'un vice caché confinant à l'idiotie congénitale. Il marquait en général sa désaprobation par un air stupéfait et une demande aussi absurde que "Qu'est-ce que tu fais ????". Puis il secouait ostensiblement la tête en fermant les yeux, bouche tordue sur le côté et s'éloignait en soupirant. Parfois, pour l'agacer, je répondais "J'enfile des perles...". Lorsqu'on sait (ou devine) le double sens obscène de la formule, on comprend que l'agacement atteignait son comble. Notre vie de famille était faite de ces fausses représentations, de ces conflits sans gravité qui marquaient les limites du territoire de chacun.

Cet hiver, j'ai recommencé à enfiler des perles.

J'ai imité un modèle de collier vu en ville, à Albi, et que j'avais trouvé trop cher. Au final, l'achat des perles chez Fifi Jolipois, bien que par lot, sur fil, a coûté presqu'aussi cher que le collier fini, mais on ne se refait pas !

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J'en ai ensuite bidouillé un autre, avec une couleur un peu différente (je n'avais pas su choisir), mais je suis perplexe : je ne l'ai d'ailleurs jamais porté et il me semble appelé à être défait. On verra.

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J'ai aussi essayé d'utiliser des perles achetées à l'unité, sur des coups de coeur et sans projet, ce qui est toujours, chez moi, une très mauvaise idée, c'est à dire le moyen infaillible d'encombrer les tiroirs de choses qui n'auront jamais de destination... J'ai finalement imité un collier porté sur l'une des photos du livre Couture d'été. L'idée est d'enfiler des trucs sur une barre rigide pendue horizontalement au centre d'une chaîne. Oui, je sais, ce n'est pas clair. Regardez plutôt. Ici, le problème vient des proportions...

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Au printemps, je me suis à nouveau changée en mouton. J'ai vu un modèle sur Marie-Claire Idées, le n° 107 de Mars-Avril, et il m'a fallu le même. Certaines perles n'étant plus en vente, j'ai dû adapter, avec l'aide de l'une des vendeuses de la Droguerie de Toulouse.

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Celui-là, je le porte avec un grand bonheur, même s'il a, pour l'heure, retenu principalement l'attention d'Océane, 3 ans, et de Clémence, la plus fantasque de mes élèves de 6°.

Qu'est-ce qu'il disait, mon père, déjà ?

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26 juin 2015

Retrouver nos soeurs

Denise Gamze Ergüven.

Si vous êtes comme moi, vous devez avoir du mal à mémoriser ce nom. Et pourtant. Il est celui d'une belle personne qui vient de nous donner un film précieux. Loin de moi l'idée de crier au chef d'oeuvre : il y aura mille détracteurs pour invoquer des effets faciles, datés (un certain usage du flou déjà exploité avec brio par Andréa Arnold notamment, l'abus du gros plan... j'en passe), ou pour mentionner l'inévitable référence à Virgin Suicide de Sofia Coppola. Passons.

Le film Mustang est juste merveilleux. Il offre un moment de grâce, dans sa lenteur même, parfois, comme lorsque, tout à coup, le rythme s'accélère pour plonger le spectateur dans un suspens qui serre la poitrine...

Loin des clichés, du manichéisme et de la facilité, Mustang donne à voir le basculement de 5 destins, l'espace d'un long été, dans un village turc, à 1000 km d'Istanbul. 

Sonay, Selma, Ece, Nür et Lale sont soeurs, élevées par leur grand-mère, dans la maison familiale où vient oncles et tantes. Libres, vêtues comme n'importe quelles ados françaises, elles évoluent dans un monde qui est celui de nos campagnes du sud, dans un décor qui évoque un village, chrétien, musulman, peu importe. Et ce n'est pas l'intégrisme qui les rattrape, mais une certaine idée de la tradition, la peur du qu'en dira-t-on, la complaisance à l'égard d'une morale qui est encore celle de bien des nôtres, ici aussi.

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Parce qu'elles ont joué avec des garçons, en revenant de l'école, les filles vont être progressivement bouclées dans une maison qui n'en finit pas de se barricader. De mariage en mariage, la fratrie se décime, sous les yeux de Lale, la plus jeune, qui est le double de chacune d'entre nous au même âge : une paire d'yeux qui scrute sans tout comprendre, une paire de mains qui fouillent un monde ancien et familier à la fois, une paire de jambes qui veut jouer et puis fuir.

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Alors oui, c'est un film grave sur la condition des filles dans les sociétés patriarcales, mais sans simplisme, parce que les cinq résistent, mentent, se font avoir, tirent leur épingle du jeu ou se font écraser... Rien n'est écrit par avance et chacune incarne la complexité du féminin, de l'adolescence, du rapport à son corps et aux obligations sociales, de Sonay qui ose tout et obtient tout à Selma qui sera contrainte tout en gardant une liberté intérieure que l'on devine sous les apparences, en passant par Ece qui ne fera aucune concession.

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On rit de l'audace de la tante Emine, mais c'est pour mieux oublier qu'une femme ne couvre les débordements d'une autre que pour, plus sûrement, lui permettre de rentrer dans le rang, de correspondre à l'idéal de mesure incontournable dans ce monde brutalisé par la morale des hommes. En 411 avant JC, Aristophane faisait dire à un de ses personnages féminins que les femmes sont de celles dont on fait les tragédies... Quel talent d'anticipation ! Dans Mustang, on passe sans transition de la comédie à la tragédie, de la bêtise des garçons (soignés, dans le film...) à la douleur des filles, inévitable même après un ultime baroud d'honneur. Même grossières, audacieuses jusqu'au danger, capables d'user de l'obscénité comme d'arme, de se donner à un inconnu pour user de leur corps librement et contre la volonté des adultes, les filles doivent se soumettre, accepter, limiter la liberté à l'espace intérieur.

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Mais le plus fort, le plus émouvant, c'est sans doute la capacité de la réalisatrice à filmer les filles, l'enfance et la promiscuité heureuse entre soeurs, au milieu des tissus, de la nature familière qui est une partie d'elles-mêmes, inaliénable. C'est une manière de filmer les corps des adolescentes entre elles, sans cet érotisme ridicule et affecté qui finit toujours par être de mauvais gout, mais avec une sensualité qui est celle de l'enfance et de la confiance.

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Alors on exulte avec les filles, devant un match de foot (le comble !), on se voit, en robe d'été de coton blanc, jouer seule dans une cour, sous la treille, on se retrouve, petite, écoutant les plus grandes, sans tout comprendre, devant des plateaux de victuailles, de maléfiques gâteaux annonciateurs de catastrophes et qu'il ne faut pas manger sous peine d'être maudite... Et on voit un monde disparaître irrémédiablement, celui de l'enfance, dans ce grand effondrement que produit le temps ravageur changeant irrémédiablement les choses.

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Lale sera peut-être sauvé par l'unique recours, celui du savoir, de l'école, en la personne tutélaire, du professeur Dicec (orthographe approximative), elle qui, du fait de son jeune âge a évité aussi le pire, celui que suggèrent deux séquences nocturnes courtes mais terribles. Entrée dans le tunnel avec ses soeurs, elle en ressortira peut-être.

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